Chers parents, 

 

Certainement vous lisez beaucoup de tribunes au sujet de nos enfants et les écrans. Nous avons l’impression que le mot « écran » est devenu, dans le débat public en France, un mot presque péjoratif et culpabilisant pour les parents ; un mot derrière lequel se cristallisent de nombreuses inquiétudes parentales. Le plus souvent dans ce débat est mis en avant l’utilisation « excessive » ou « addictive » des écrans sans donner de repères précis ni d’outils d’évaluation.

Nous remarquons que la question des écrans est parfois abordée avec un « effet de buzz », où la pathologie est exposée comme une généralité, où les avis « pour » ou « contre » les écrans privilégient la polémique à un dialogue constructif avec les parents.

 

Préciser les tranches d’âge pour éviter les amalgames

Nous constatons que, dans la majorité des tribunes – à l’exception des recherches scientifiques et des études approfondies –, les auteurs prennent position sur les écrans sans préciser la tranche d’âge concernée. Cette absence de précision favorise les amalgames et les généralisations.

À nos yeux, toute analyse, avis ou opinion sur le numérique et les enfants qui ne précise pas la tranche d’âge concernée peut dérouter les parents. Les parents et les enfants ont besoin de conseils pratiques et d’outils adaptés pour aborder ensemble l’éducation au numérique, afin que chacun puisse s’y retrouver et avancer sereinement en famille.

 

La parentalité numérique : un apprentissage nouveau pour tous

Nous, parents d’aujourd’hui, n’avons pas bénéficié d’éducation au numérique durant notre enfance. Il est donc naturel de s’interroger sur les risques liés aux écrans, largement évoqués ces dernières années.

Toutefois, il est tout aussi important d’explorer les opportunités que le numérique offre à nos enfants. À partir de 7-8 ans, le numérique permet de créer, de lire, de s’informer et d’écrire de façon intelligente et épanouissante, à condition que ces activités s’inscrivent dans un équilibre avec d’autres moments sans écrans et s’accompagnent d’interactions régulières avec les adultes et les autres enfants.

Récemment un chef d’entreprise nous a confié qu’il avait découvert avec stupéfaction que son alternant ne savait pas se servir d’un traitement de texte ! Étonnant pour lui mais pas pour nous. Quand les élèves débutent nos cours de coding et design graphique, ils ne savent pas bien se servir du clavier et de la souris. Et ce n’est pas une critique. Nos enfants ont besoin d’un apprentissage progressif et adapté à l’âge comme dans tout autre domaine. Ils apprennent vite et bien avec un adulte qui les accompagne par une pratique ludique et éclairée.

 

La prévention : au-delà de l’interdiction

La prévention des risques a rarement réussi ses objectifs en s’appuyant seulement sur l’interdiction et mettant l’accent sur les dangers généralistes comme les écrans, les réseaux sociaux, les jeux vidéo, etc.
Une prévention réussie consiste à accompagner les enfants dans la compréhension et l’appropriation des outils numériques, en favorisant le dialogue, la transmission de bonnes pratiques et l’expérimentation encadrée.
Elle s’appuie sur la confiance et l’échange, permettant ainsi aux jeunes de développer leur sens critique et leur autonomie dans l’univers numérique, tout en renforçant les liens familiaux autour d’activités partagées.

 

Que dit la loi ?

Concernant les réseaux sociaux, la législation française, encadrée par la loi du 7 juillet 2023, prévoit une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans, sauf accord parental.
N’oublions pas que cette loi vise la prévention pour instaurer « une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne ».

La réglementation prévoit la possibilité pour les utilisateurs de demander l’effacement de leurs données personnelles (« droit à l’oubli ») auprès des fournisseurs de réseaux sociaux. Cependant, en pratique, il reste difficile de faire appliquer efficacement cette prescription, car la réalité est souvent très différente d’un monde idéal où chaque réseau social serait facilement accessible et réceptif à ce type de demande.

Ce mois de juin, 2025, la Ministre de la Santé a annoncé son intention d’inscrire dans la loi l’interdiction de l’exposition aux écrans pour les enfants de moins de 3 ans, y compris au sein du foyer familial. Si l’âge limite est désormais clairement défini, de nombreux parents s’interrogent sur la façon dont cette mesure pourra être appliquée concrètement dans les différents contextes familiaux.

Nous soutenons pleinement les démarches réglementaires et nous sommes les premiers à les rappeler. Toutefois, nous espérons que la réglementation, si elle s’avère la voie la plus efficace, inclura aussi la préparation positive aux écrans et aux réseaux sociaux, ainsi qu’un accompagnement adapté à chaque âge pour nos jeunes.

 

Le numérique, une compétence à transmettre, comme le vélo et la musique

Chez ITJump Education, nous sommes aussi des parents. Nous savons qu’il ne suffit pas d’attendre une loi ou une interdiction pour accompagner nos enfants : nous leur apprenons à faire du vélo en leur expliquant comment maîtriser leur engin et les risques de la route ; nous les guidons pour nager en leur enseignant les techniques et les dangers de l’eau ; nous faisons la cuisine avec eux tout en les protégeant du feu et en leur transmettant les bons gestes. Pour apprendre à nos enfants à jouer d’un instrument de musique ou à pratiquer un sport, nous faisons appel à des professionnels ou à des ressources adaptées.

Dans tous ces domaines, nous ne nous contentons pas d’énoncer des interdits, nous accompagnons et transmettons.

 

Pourquoi ne pas agir de la même manière avec le numérique ?

 

Nous sommes convaincus que chaque parent en est capable, à condition de s’appuyer sur un accompagnement approprié ou sur des outils fiables qui intègrent l’équilibre numérique et encouragent les activités partagées en famille.

 

 

Aneli Mladenova

Fondatrice de ITJump Education